dimanche 18 août 2019

Découverte d'une GoodPlanet

     En changeant pour une box up-to-date, j'étais conscient de prendre le risque de passer pas mal de temps piégé dans mon canapé, envoûté par le chant des séries et la magie du replay. Contre toute attente je ne m'en sortais pas si mal, jusqu'à ce que je tombe sur cette série débutant par une partie de D&D, au début des années 80, et sur fond de hard-rock FM.

     Taquiner les géants dans "Dark clouds gather", aller défier la déesse Lolth sur ses terres du "Queen of the Demonweb Pits", ou encore essayer d'échapper aux griffes du Comte Strahd von Zarovitch dans le terrifiant "Ravenloft"... Ado, j'en ai passé des étés à ne pas voir le jour, enfermé avec mes potes dans une cave à lancer des dés de toutes formes; en essayant d'aller au bout de "campagnes" imaginaires tellement captivantes que l'église Américaine s'en est même inquiétée, en particulier au travers de l'association B.A.D.D (Bothered About Dungeon & Dragons) qui voyait, derrière le jeu de rôles, l'oeil du Malin.
   
Chateau Longchamp

     Passionné de role playing,  c'est donc tout naturellement que j'ai avalé d'un trait les trois saisons de Stranger Things, la fameuse série dont je parlais juste avant, ce qui m'a mis légèrement en retard dans mes publications. Il est donc temps de retrouver le rythme, et on continue cette semaine dans le Paris underground avec la découverte d'un petit écrin caché au cœur du Bois de Boulogne, loin des sentiers touristiques. 


J'ai toujours le kit à la casa
     Direction la Fondation GoodPlanet et son château Longchamp, un institut qui s'est donné pour mission de réveiller les consciences écologiques, et de donner l'envie d'agir pour la planète; ambiance "Yann, Arthus et Bertrand sont dans une montgolfière "c'est parti...

 La Fondation GoodPlanet

    
     Le "pour vivre heureux, vivons cachés" s'applique à merveille à ce petit domaine en lisière du bois, qui ne fait pas beaucoup d'efforts pour attirer du monde, faisant confiance au seul bouche-à-oreille des initiés. Expos, conférences, cinéma mais surtout concerts, la fondation offre une programmation plus qu'interessante, et le tout gratuitement.  

Bienvenue à la Fondation

  La fondation est présidée depuis sa création par Yann Arthus-Bertrand, le moustachu le plus connu après Freddy Mercury et Bertrand Renard, et qui s'est fait connaître du grand public avec ses "terre vue du ciel" où il photographie et filme les plus beaux paysages depuis sa montgolfière. 
   
Une petite pépite ce château du XIXème



La tour du château précédent sert aujourd'hui de ruche
   Alors je n'ai pas bien saisi quelle était l'activité exacte de la fondation, ni qui gravitait vraiment autour; j'ai cru comprendre qu'il était question d'accompagnement et d'aides au calcul des bilans carbones. Je dirais prosaïquement que cette fondation est une superbe vitrine pour l'écologie, et qu'elle essaye de faire passer ses messages au travers d'une belle programmation, en particulier ses concerts gratuits du dimanche.

   Coté fréquentation on reste comme souvent dans ce type de lieu sur des gens globalement positifs et bienveillants. Il y a tous les âges et je pense toutes les catégories sociales, difficile de dégager un profil mais pour aller vite on peut dire que ce sont des gens plutôt concernés par la qualité de l'environnement et le bien-être animal, qu'on ne verra probablement jamais photographiés au premier rang d'une corrida.
  
Un magnifique domaine...

Pour se mettre au vert...

Et pratiquer son Niksen (mot à la mode désignant l'activité consistant à ne rien faire)
   Les concerts sont donnés généralement à la clairière acoustique, qui est équipée d'une jolie scène et d'une multitude de fauteuils en osiers. Exceptionnellement ce week-end, avec le ciel qui nous est tombé sur la tête, le concert a été délocalisé dans le château, ce qui n'est pas pour me déplaire car j'aime le mélange des genres, et quoi qu'il advienne le show must go on. 

La Clairière Acoustique, la plupart des fauteuils ont été ramenés..
...au château qui va héberger le concert pour cause de mauvais temps  

Esinha, ambiance latino

  Pas moins de 6 groupes étaient programmés ce dimanche, je n'ai pas assisté à tout mais j'ai vraiment aimé ce que j'y ai vu, en particulier le duo guitare/batterie Marion BB & The Drumazing Clément S qui a déroulé un set original et habité, entre blues et country, avec parfois quelques envolées "Musesques". 
   Au final ce domaine est aussi confidentiel que sympa, et qu'on ait la fibre écologiste ou pas je recommande fortement d'aller découvrir cette jolie fondation. Comme en plus c'est gratuit vous risquez, au pire, de passer un excellent moment... Toutes les infos sur la fondation ici.

Trantranzai, Sichuan style  

  
    Ce blog étant aussi l'occasion de partager les bonnes adresses, on part sans tarder au  Sichuan, cette province du centre de la Chine connue pour son poivre et ses plats pimentés, pour découvrir mon coup-de-coeur culinaire de l'été. 

Trantranzai

   Malgré mon grand nez, c'est Jenny qui a eu le flair de nous traîner dans cette petite cantine Sichuanaise située sur les flancs de la redoutable montagne Sainte-Geneviève. Après une interminable ascension d'environ dix minutes depuis le métro Saint-Paul nous sommes enfin récompensés, le cadre est super sympa, l'accueil dépaysant, et la carte simple mais prometteuse. 

Tsing-Tsing

    Ici on sert principalement des nouilles et des raviolis, avec ou sans soupe. Tout est fait maison, et on peut même choisir son niveau de piment, entre un et six. Si vous n'êtes pas habitués à manger épicé vous pouvez aller sereinement jusqu'à trois. Si vous êtes habitués vous pouvez vous risquer sur du quatre, mais vous aurez probablement à un moment l'oeil humide et le nez qui coule, à proscrire donc en cas de premier rencard.

Raviolis, coriandre, cacahuètes et piment
     C'est excellent et abordable (magnifique plat de raviolis à moins de 10 euros), et pour prolonger la soirée vous êtes à deux pas de la rue Mouffetard et de sa Place de la Contrescarpe, dont on a beaucoup parlé l'été dernier car elle a été le théâtre de ce qui deviendra l'affaire Benalla. J'ai un petit faible là-bas pour le Chapi-Chapo, un bar au cadre bohème et à la playlist retro.

       Les infos sur le Trantranzai ici.

La rue Mouffetard, à droite le Chapi-Chapo

Et pour finir avec Dungeon & Dragons  

  
     Je me suis fait plaisir à Noël en m'offrant un beau livre qui relate l'histoire du jeu le plus fascinant qui n'ait jamais été imaginé. Il ne parlera qu'aux passionnés (il n'y a pas de joueurs D&D modérés), qui retrouveront l'ambiance geek des années 80, qui comme moi pensaient tout connaître du sujet et apprendront peut-être des choses. Et en plus c'est magnifiquement illustré avec les scénarios d'époque.

La Relique
   Il ne faut pas hésiter à soigner son côté geek car aujourd'hui le geek c'est chic, et j'en veux pour preuve le tee-shirt "kiss me, I m geek !" qui remporte un réel succès...chez les geeks.   

    Pour ceux qui veulent continuer avec le Bois de Boulogne, les superbes Jardins de Bagatelle.

    A suivre, peut-être un article sur le vrai Barbe Bleue dont nous avons visité le château de famille récemment.



  Bonne soirée.

   N.


samedi 10 août 2019

L'été à Paris, balade sur l'Ourcq

    Malgré les reportages post-apocalyptiques décrivant des scènes de guérillas urbaines, où même l'immense Steven Seagal pourrait se sentir inquiet, Paris reste, avec Bangkok et Londres, l'une des villes les plus visitées. Et si l'été la ville voit une grande partie de sa population partir chasser-croiser, et ressusciter au passage Bison Futé le plus célèbre des travailleurs saisonniers, c'est pour mieux accueillir les touristes du monde entier qui viennent rechercher le fameux art de vivre à la française.
 
Balade sur le Canal de l'Ourcq
   Mais pour ceux qui comme moi prennent leurs vacances en décalé, l'été est aussi l'occasion de redécouvrir la ville, au fil des friches et autres spots éphémères qui fleurissent aux quatre coins. Et pour commencer dans l'originalité, direction le bassin de la Villette et l'embarcadère des Marins d'Eau Douce pour larguer les amarres. 

L'embarcadère des "Marin d'Eau Douce"
    
     "Think big, start little"; avant de partir ouvrir une nouvelle Route des Indes, nous allons louvoyer quelque peu sur les eaux hasardeuses du Canal de l'Ourcq, ambiance "he said Captain, I said wot " c'est parti.. 
 

Les tribulations du "Moule à Gaufres" 

   
     Nous voilà donc embarqués sur le "Moule à Gaufres", dans le sillage du "Crétin des Alpes": ici on aime le Capitaine Haddock.  Avec 500 zorros de caution il faut rester vigilant, hors de question de percuter le moindre iceberg, c'est arrivé à un collègue capitaine et on en a fait tout un film.
 

Picnic : checked !
   Au passage, le cinéma et la mer ont souvent flirté le long des golfes clairs. Parmi les grands classiques l'incontournable "Révoltés du Bounty", qui, pour les plus jeunes, n'est pas un film sur la malbouffe, pas plus que "L'odyssée de Pi" n'est un hommage à la trigonométrie.
 
   Mais nous n'avons pas eu droit qu'à des pépites, on se demande encore pourquoi  Kevin Costner est venu se perdre dans "Waterworld", ou combien de brainstorming il a fallu pour accoucher du subtil titre "Master and Commander"...
 
 
Les murales du Canal
    C'est donc parti pour une balade de 3 heures le long du Canal de l'Ourcq, long d'une centaine de kilomètres, et construit par Bonaparte pour amener l'eau potable de la rivière Ourcq  jusqu'au bassin de la Villette. Les règles de navigations sont strictes: canonnades,  abordages et enceintes connectées, sont strictement interdits. 


Captain Igloo...


...et la Team Pirate

    La consommation d'alcool est également proscrite pour le Capitaine, qui doit veiller à respecter la signalisation, et faciliter la navigation des gros bateaux à touristes qui croisent dans les mêmes eaux. 
 
    Petite astuce, on repère de loin ces gros bateaux, quand ils arrivent dans le dos, grâce aux hurlements des petites embarcations d'enterrement de vie de jeune fille qui sont prises dans leurs vagues. Je tiens à souligner la dignité de notre équipage quand nous avons nous-mêmes étés pris dans la tourmente en croisant une péniche, juste quelques larmes de pirates...
 
Pas de Black Pearl ou autre Hollandais Volant à l'horizon, on se rabat donc sur le "Tête de Mule"  

Hublot camouflé, le danger est partout...
      Certains ponts ne s'ouvrent qu'à heure fixe, parmi eux le pont levant de la rue de Crimée est un bijou qui ne s'ouvre que deux fois par heure. Il faut donc avoir une idée précise du trajet et du timing si on ne veut pas se faire surprendre et rendre son bateau en retard.
  

Le Pont Levant est en train de se s'ouvrir, on va laisser passer la péniche "techno" et attendre que le feu passe au vert, sinon c'est 300 euros d'amende


    Le temps file vite sur l'Ourcq et il est déjà l'heure pour le "Moule à Gaufres" de rentrer au port. Équipage au complet, maigre butin, j'ai déjà envie de remonter une expédition pour aller encore plus loin, par delà les terres de Bobigny, et découvrir peut-être un nouveau continent.
 
Un équipage vaillant

Retour au port des "Marin d'Eau Douce" 

     La balade sur l'Ourcq est une façon aussi originale que sympathique de (re)découvrir le fantastique quartier de la Villette. Si vous voulez vous laisser tenter, vous trouverez toutes les infos ici.
 
      Bon à savoir (et découvert par mon équipage précédent), si vous publiez une photo de votre balade (vous leurs montrez juste une photo en rendant le bateau), ils offrent un verre à tout l'équipage dans leur guinguette.
 
La guinguette

Et pour continuer, l'expo Electro

    
    Si après la balade en bateau vous avez envie de prolonger dans le quartier de la Villette, il y a l'embarras du choix. L'expo phare du moment c'est bien sûr Toutankhamon à la Grande Halle, mais j'y reviendrai une autre fois. Là je vous emmène à la Philharmonie, au coeur du Parc de la Villette, pour les derniers jours de l'expo Electro.
    
Si ça prolonge pas ça finit demain
   Si vous êtes fans d'Eletro, ou voulez en apprendre un peu plus sur ce courant, alors foncez-y. La scénographie vous promène depuis les origines confidentielles de la musique electro jusqu'à sa consécration aujourd'hui. J'avais fait la veille une expo sur la préhistoire à Beaubourg, en comparaison, niveau fréquentation, c'est "deux salles, deux ambiances.."
 
Une balade musicale dans le temps
 
Des machines étranges
    Le petit plus, c'est qu'on vous fournit à l'entrée un casque que vous allez pouvoir brancher partout pour consulter du contenu (musique, interview, documentaires). Vous le savez, moi je suis fan de Hard Rock; pour en revenir au sujet précédent c'est bien les Iron Maiden qui ont mis en musique sur 15 minutes le poème du "Rime of the Ancien Mariner", pas David Guetta...

    Mais j'ai passé un excellent moment à me promener dans les allées avec mon casque, avec en fond une bande son terrible. 


Et oui, l'ancêtre de l'emoji ,c'est le cachet d'extasie

La French Touch
   
    Bonne soirée, bon weekend.
 
    Captain N.

dimanche 21 juillet 2019

Retour à Paris, le mystérieux Marché des Enfants Rouges

     Fin de l'escapade tourangelle, de retour à Paris nous allons un peu délaisser la carte postale pour replonger dans le Paris underground, direction le Haut-Marais à la découverte du plus vieux marché couvert de la ville, le mystérieux Marché des Enfants Rouges.  

      Entre produits bios et guinguettes branchées, je mets inconditionnellement le lieu à la carte de toute visite de la ville lorsque j'enfile mon uniforme de guide, ambiance "Et avec ceci ?" c'est parti...

Bienvenue aux Enfants Rouges


Direction le Haut-Marais

    
     Pour découvrir le marché il faut s'aventurer dans le Haut-Marais, petit triangle en vogue autour de la rue de Bretagne, qui comme son nom l'indique délimite au nord le quartier historique du Marais

La mystérieuse entrée du Marché
     Le Haut-Marais c'est un peu le fief des "beautiful people". On y croise beaucoup de trentenaires branchés, plutôt aisés, au fait de toutes les nouveautés. Ici on fait tout en trottinette, on a des enfants qui savent également "trottiner" avant de savoir marcher, et qui sont même capables de livrer tout seuls un sac de fringues à l'Emmaus du coin.  

Le plus vieux marché couvert de Paris 
    Ici on aime l'art et l'écologie, on trie vraiment ses déchets (pas juste poubelle ou par la fenêtre), on mange healthy même si on picole comme partout, on s’intéresse à la politique et aux idées progressistes, on est open-mind mais on supporte mal la vulgarité, dont le comble est peut-être de dire à un artiste lors d'un vernissage "j'aime beaucoup ce que vous faites". 

Les guinguettes proposent une cuisine du monde  
     Ici on s'habille causal chic, on peut même porter avec classe des mocassins bleu-pétrole à crampons rouges, que si je les passe moi, j'aurai tellement l'air suspect, qu'à l'heure des arrestations préventives c'est la garde à vue assurée.
  

Le Marché des Enfants Rouges


     Au cœur de ce Haut-Marais on peut donc trouver la pépite, le Marché des Enfants Rouges, le plus vieux marché couvert de Paris, qui exerce depuis le début du 17ème siècle. Retour sur l'époque pour se faire une idée, le pays est encore empêtré dans les guerres de Religion, Henri IV vient d’être assassiné par François Ravaillac, le roi Louis XIII est trop jeune pour gouverner, c'est sa mère Marie de Médicis (petit lien avec l'article précédent sur Léonard) qui assure la régence.

     Je reviendrai à l'occase sur Henri IV, mais je tiens quand même à signaler que contrairement à ce que raconte la légende (et parfois même l'école) il n'a jamais inventé la recette de la poule au pot, il a simplement déclaré qu'il mènerait une politique "de sorte que chaque paysan puisse mettre une poule dans son pot..."

Un des endroits à succès: l'Estaminet 
   Le marché tient ton nom d'un établissement voisin pour orphelins créé un siècle plus tôt par la sœur de François Ier, l'Hospice des Enfants Rouges, lieu où les enfants portaient tous une cape... dont je vous laisse deviner la couleur. La ville est alors en pleine expansion, et il faut bien alimenter en viande et en lait ces nouveaux quartiers.

Et avec ceci ? 
   Le marché va survivre tant bien que mal aux événements qui vont rythmer l'histoire de la ville, mais va risque de disparaître définitivement lorsque le maire de l'arrondissement, qui capte bien l'air du temps, va décider de raser cette halle vieillotte pour en faire un super parking bien bétonné.

 Grosse levée de boucliers des habitants soutenus par des artistes (dont l'incontournable Tavernier), le maire a disparu de la circulation depuis et on ne le regrettera pas. Son successeur, qui espère sans doute s'inscrire dans la durée, va entreprendre de restaurer le lieu, et depuis la réouverture, le marché ne désemplit pas. On vient du monde entier pour se balader dans cet endroit hors du temps (comme on dit dans les reportages télé sur le patrimoine ) et déjeuner dans une des guinguettes branchées, à base de produits frais.



En mode politique engagé, on refait le monde
En mode au calme, on construit la suite
 
En mode food-truck, on a faim bordel ! 

Voyage aux Antilles, Le Corossol    

  
     Comme souvent (pour ne pas dire toujours) j'ai mon QG coup de cœur, et ici c'est le traiteur afro-antillais Corossol qui a retenu toute ma sympathie. Il propose une petite formule à base de cocktails locaux et d’accras ou autres produits du coin, qui termine merveilleusement une balade immersive, autant bien sous la pluie que sous la canicule.

La paillote du Corossol
  L'hiver dernier j'avais demandé à la patronne quand elle prévoyait ouvrir aussi le soir, elle m'avait répondu aux beaux jours. J'avais enchaîné un truc du genre "super, mars, avril ?" et elle m'avait répondu un peu étonnée "et bien aux beaux jours, quand il fera beau". 

La formule magique
   Si vous passez vers République ou dans le Marais, n’hésitez pas à aller découvrir ce mystérieux marché, et goûter à l'une des nombreuses spécialités. Du restaurant marocain au bar à vin, en passant par le comptoir japonais, ce sont plus d'une vingtaine de stands qui vous y attendent, toutes les infos ici.


La nuit tombe sur les Enfants Rouges
  A suivre : que faire à Paris cet été, les expos et autres événements du moment, et peut être même une balade en bateau sur les canaux.


Captain Niko

Bonne fin de weekend

 N. 

samedi 6 juillet 2019

Sur les pas de Da Vinci

     Je vais commencer cet article par une pensée pour Romain, un bon collègue doublé d'un bon camarade, qui a disparu brusquement la semaine dernière. Après le choc vient le temps des réflexions sur la gravité que l'on donne parfois à des choses tellement futiles, auxquelles on surréagit, alors que l'important est ailleurs.
 
Les jardins du Clos Lucé
    Je ferme le ban et retourne à mon escapade du week-end. Je souhaitais colorer mes articles d'un peu plus d'Histoire de France, j'avais un sujet en tête mais je le garde au frais en période de canicule, et je vais donc profiter de ma visite au Clos Lucé pour vous parler un peu de son hôte le plus célèbre: le mystérieux Leonard de Vinci.

    Ambiance "Tiens ils m'ont surnommé Disciplus Simplex au boulot, ça ressemble à du Latin c'est bon signe non ?" c'est parti... 



Le Château du Clos Lucé

Un maître fantasque

    
     Si lors de votre entretien annuel, votre boss (ou N+1, si vous avez déjà atteint le très convoité rang N) vous reproche gentiment de lancer plus de projets que vous ne pouvez décemment en mener, vous pouvez toujours argumenter que c'est bien là votre côté  Leonard de Vinci, côté qu'il faudrait d'ailleurs penser à (re)valoriser à l'occasion.

    En effet, le Maestro acceptait toutes les commandes, en commençait peu, traînait beaucoup, et n'en terminait quasi aucune.
 


Paysage vivant
     Les moines de Santa Maria delle Grazie, qui ont été privés de réfectoire pendant les nombreuses  années au cours desquelles Leonard était censé y peindre La Cène, s'arrachaient le peu de cheveux qu'il leur restait sous la tonsure en voyant le Maître  prendre les pinceaux juste quelques minutes par jour, pour vite retourner à ses occupations favorites, comme observer le vol des oiseaux, ou encore réfléchir à comment faire progresser une armée sous l'eau.
  

 Des débuts compliqués

  
     Allez, on remonte dans le temps jusqu'au milieu du 15ème siècle pour nous retrouver en Toscane,  le berceau de ce qu'on appellera plus tard la Renaissance. Le petit Léonard vient de naître d'une liaison illégitime entre un riche notaire et, sans doute, une jeune paysanne. Le padre ne va pas le reconnaître, encore moins l'élever,  mais comme le jeune Léonard montre vite des facilités dans l'art, le géniteur va le faire entrer dans l'un des tous meilleurs ateliers de Florence pour étudier. Il faut bien imaginer qu'à cette époque à Florence l'art est à tous les coins de rues, c'est à celui qui aura le plus bel hôtel particulier, la plus belle chapelle, et les carnets de commandes ne désemplissent pas.



Au bout du corridor on change d'époque
   Malgré des débuts remarquables, tous les grands projets lui passent sous le nez, avec comme pic de frustration le chantier de la chappelle Sixtine qui va à son grand ennemi Michelangelo. Il finira par se faire remarquer, mais en se faisant attraper à batifoler avec d'autres garçons, ce qui est un crime très grave. L'affaire sera étouffée car il devait y avoir des "fils de" dans le groupe, mais le scandale est là, et il est temps de partir sous d'autres cieux se faire oublier.  


La chambre du Maestro

Sur la route    

     
     A partir de là Leonard ne cessera de voyager, avec son compagnon et son équipage, au grès des désirs de mécènes, pour qui il organisera des fêtes et des spectacles hors normes (le Duc de Milan, Laurent de Medicis ou encore Cesar Borgia pour ne citer qu'eux, ambiance séries Canal+). Car Leonard est avant tout un savant et un ingénieur d'exception, il passe le clair de son temps libre à observer, à modéliser, à innover. Son côté génial, c'est vraiment cet aspect pluridisciplinaire: anatomie, physique, optique, architecture, génie civil et militaire, sans parler des arts et de la philosophie,  Da Vinci est avant-gardiste dans tous les domaines des sciences et des arts.  
 

L'atelier, le modèle sur le Saint Jean Baptise (à droite) est sans doute son apprenti (et probablement amant) Salai
   Il n'est jamais allé à l'école et donc ne lit ni le grec ni le latin, ce qui pour un savant est un frein. Ambidextre, il croque et consigne toutes ses inventions dans ce qui deviendra le codex atlantico, il utilise pour annoter l'écriture spéculaire (écriture inversée, comme dans un miroir). Il ne reste aujourd'hui qu'une petite quinzaine d'oeuvres, dont la Cène, l'Homme de Vitruve, et bien sûr la fameuse Joconde, véritable rock-star du Louvre parisien.
 

Retour dans les jardins

La période Frenchy    

     
     En France à la même époque ça ne rigole pas, on sort d'un Moyen-Age sombre et terriblement compliqué. On se dit qu'il est alors temps d'alléger l'atmosphère et de refaire un peu la déco, en allant s'inspirer chez les voisins transalpins, c'est le début des guerres d'Italie.
 
     Charles VIII, Louis XII et l'incontournable François 1er vont, tour à tour, traverser les Alpes pour faire valoir leurs droits (un peu fumeux) sur les différents royaumes et duchés de la péninsule (1515 c'est... ?).

       Pour une fois que Léonard était sur le point de terminer une oeuvre majeure, le moule d'un cheval colossal pour le Duc de Milan était prêt, il n'y avait plus qu'à couler le plomb... Sauf que tout le plomb disponible a été réquisitionné pour combattre les armées françaises, et "grand cavallo" en argile finira tristement, en servant de cible à des arbalétriers  français qui s'ennuyaient. Quand ça veut pas...
 

Nicholus Magnus, aurait fondé la mystérieuse  Niko Foundation en 1516, de retour de la campagne milanaise.

      "Sans peur et sans reproche" la french team ne fait pas dans la dentelle, Louis XII grand fan de la Cène, aurait proposé d'arracher le mur du couvent et de le ramener en France comme souvenir de voyage. Il a fallu faire preuve de grande diplomatie...
 
      Mais c'est Francois 1er qui va convaincre le Maestro, déjà âgé de 65 ans, d'entrer à son service (en échange d'un très bon salaire) et de venir s'installer à Amboise dans le confortable manoir du Clos Lucé, relié par un tunnel souterrain au Château Royal.
 
     Léonard va se rendre en France en emportant avec lui seulement trois tableaux, dont évidemment la Joconde, dont personne ne sait exactement qui elle représente, mais qui reste le portrait féminin le plus célèbre au monde.
 

Le potager, et au loin le château royal
     Parmi les pistes: Lisa Del Giocondo, l'épouse d'un obscur notable florentin. Peut-être la mère du Maestro, dont il s'est probablement occupé jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Enfin, certains avancent que la Joconde pourrait être un portrait du sulfureux Salai, apprenti et compagnon du Maître, qui était plutôt efféminé. Beaucoup d'incertitudes donc, mais Da Vinci prenait plaisir à entourer sa vie d'un voile secret.
 
     Leonard va travailler comme premier peintre, premier ingénieur ,et premier architecte  du Roi de France ,avant de s'éteindre. Il a sans doute contribué à la folie de Chambord, mais est mort avant le début des travaux.
    

Comme souvent, j'ai effectué des recherches poussées dans les bibliothèques du monde en entier

    Au final une chouette escapade au coeur de la belle région de Tours et de ses fabuleux châteaux. Malgré la canicule les jardins du Clos Lucé restent très agréables, avec partout des références aux oeuvres et inventions du Maestro. Sur Amboise, à l'écart des  restos "rabords du château", une belle découverte pour déjeuner : les Arpents, avec un menu "retour du marché" super sympa et plus qu'abordable.
 
    A suivre: on  va laisser un peu la carte postale, pour retourner dans un Paris plus underground
 
    Bonne soirée, bon weekend
 
     N.